20.10.2011
Initiative pour l'économie verte: un spécialiste répond
Interview de David Rochat (vice-président des Verts - Ville et ingénieur en écologie industrielle) sur l'économie verte par Adèle Thorens Goumaz (CN Vaud).
Document pdf sur le site internet des Verts - Ville de Genève en lciquant ici.
L'interview dans le bulletin vert en cliquant ici: BV24-1.pdf
- Comment évalues-tu la situation actuelle des ressources naturelles ? Lesquelles
posent le plus problème aujourd'hui, dans le monde et, plus spécifiquement, en
Suisse ?
Toutes, les ressources naturelles, qu'il s'agisse de terres agricoles, de minéraux ou
d'énergies fossiles, sont disponibles dans une quantité limitée. Alors que l'opulence
régnait jusqu'à présent, nous atteignons aujourd'hui une situation où la demande pour la
plupart des ressources naturelles est proche de l'offre. Il en résulte une compétition de
plus en plus féroce, et donc une augmentation des prix. Le vrai problème commencera
lorsqu'on ne pourra plus produire plus le lendemain que la veille, alors que la demande
ne cesse de croitre.
Quant à savoir quelles ressources poseront le plus problème, le débat reste ouvert. On
parle beaucoup des « terres rares », mais elles ne sont de loin pas les seules à ne pas
suffire bientôt aux besoins de l'économie selon leur mode d'exploitation actuel. De
récentes estimations montrent que 24 minéraux ont une « durée de vie » de leurs
sources naturelles inférieure à 50 ans au taux d'exploitation actuel, dont certains métaux
communs tels que le cuivre ou le fer.
La Suisse devra faire face aux mêmes défis que l'ensemble de la planète, prenant en
compte que nous ne sommes pas (ou peu) producteurs de ressources naturelles.
- Comment évalues-tu le fonctionnement de l'économie actuelle du point de vue de
sa gestion des ressources naturelles, dans le monde et, plus spécifiquement, en
Suisse ?
L'économie actuelle n'a pas encore vraiment intégré la notion de raréfaction des
ressources dans son mode de fonctionnement, et obéit principalement aux lois de l'offre
et de la demande. La Suisse n'échappe pas à cette règle. Ce modèle peut fonctionner
dans un environnement d'opulence lorsque l'accès aux ressources est facile, mais atteint
ses limites lorsque cet accès devient restreint. Il reste alors peu d'options : les économies
qui auront accès aux ressources seront celles qui les possèdent, celles qui pourront les
acheter et celles qui pourront les prendre par la force. Finalement, il reste les économies
qui auront su anticiper la raréfaction des ressources et qui auront adapté leur mode de
fonctionnement suffisamment tôt pour maitriser leurs flux de matières et faire mieux avec
moins.
- Comment définis-tu l'écologie industrielle/l'économie circulaire (c'est le terme
que nous avons finalement adopté dans l'initiative, car il est plus germanocompatible)
?
Il s'agit à la fois d'une vision du système économique dans son ensemble et d'une
stratégie pour favoriser son évolution, en vue de le rendre compatible avec le
fonctionnement de notre planète. L'écologie industrielle comporte deux composantes.
Une dimension analytique, tout d'abord, qui étudie les activités économiques au moyen
d'une approche systémique avec un regard particulier porté sur les flux et stocks de
matières et d'énergie.
Une dimension plus tournée sur l'action, ensuite, qui permet la mise en oeuvre de projets
permettant une performance au moins équivalente de l'économie tout en consommant
moins de ressources et d'énergie. Il ne s'agit pas d'une idéologie, mais d'une démarche
à la fois scientifique et pragmatique.
- Que peut apporter concrètement l'écologie industrielle/l'économie circulaire, que
ce soit au niveau de l'environnement, de l'économie ou encore, plus
spécifiquement, de l'entreprise ?
Si l'on considère l'ensemble des flux de matières au niveau global, on admet que pour
produire une unité (par exemple 1 kg) de matière directement utile à l'économie, il aura
fallu environ 70 unités tout au long du cycle de vie. Il en résulte un gaspillage de
ressources indécent et un impact sur l'environnement important, ces 70 unités de matière
étant principalement des déchets et des émissions de substances vers les différents
compartiments de l'environnement.
L'écologie industrielle offre le cadre nécessaire à une meilleure utilisation des
ressources, notamment grâce à une valorisation systématique des flux de matières. Si
le gain pour l'environnement et l'économie est évident, les entreprises ont également un
bénéfice important à tirer d'une telle démarche. Imaginez qu'une entreprise puisse utiliser
les déchets ou les coproduits d'une entreprise voisine au lieu d'importer une matière
première depuis l'autre bout du monde! Dans ce genre d'échange, qu'on appelle
« symbiose industrielle », les deux entreprises sont gagnantes économiquement, et
l'environnement en est d'autant préservé.
Ce modèle s'applique aussi aux sociétés de service, grandes consommatrices de
ressources malgré les apparences. Une banque peut, par exemple, récupérer la chaleur
de ses salles de serveurs informatiques pour chauffer ses bâtiments, voire ceux de
l'entreprise voisine. Cet exemple a par ailleurs déjà été mis en oeuvre en Suisse.
- Quel rôle peuvent jouer les collectivités publiques en matière d'écologie
industrielle ?
Les collectivités publiques ont un rôle essentiel à jouer dans la mise en oeuvre de
l'écologie industrielle.
D'une part, elles peuvent agir sur la création de condition-cadres favorables à une
démarche d'écologie industrielle, en agissant par exemple sur la législation, la taxation
ou par la mise en place d'incitatives.
D'autre part, les collectivités peuvent initier des projets en élaborant une vision
prospective du développement économique et en planifiant le territoire de manière à ce
que les entreprises puissent optimiser leurs performances en termes de gestion des
ressources et de l'énergie. Un panachage judicieux d'entreprises complémentaires
attirées sur un même territoire permet d'augmenter le nombre de flux de matières
échangés entre elles et de mutualiser toute une série de services, comme par exemple
l'approvisionnement en matières premières ou la gestion de déchets.
- Quelle est ta position sur l'initiative des Verts sur l'économie verte ? Quels sont
les arguments qui militent en sa faveur ? A quoi devrons-nous être attentifs lors de
son application sur le terrain ?
L'initiative des Verts pose les fondements pour le développement des conditions-cadres
nécessaires à une transition vers une économie circulaire au niveau national. Plusieurs
expériences au niveau local, comme par exemple l'article sur l'écologie industrielle de la
loi sur l'agenda 21 du Canton de Genève, ont permis le développement d'une nouvelle
dynamique parmi les acteurs économiques locaux résultant dans la mise en oeuvre de
projets.
L'initiative proposée a l'avantage d'aller principalement dans le sens de l'incitation plutôt
que dans celui de la contrainte, ce qui devrait être plutôt bien accueilli par les entreprises.
Il faudra toutefois s'assurer de l'existence de mesures d'accompagnement adéquates
permettant aux entreprises de s'engager dans une telle transition du monde économique
sans en être affectées dans leur compétitivité.






Commentaires
et sans affecter les consommateurs ceux-ci souvent pris en otage ne l'oubliez jamais!
Ecrit par : lovsmeralda | 21.10.2011
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